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Rendu des ateliers professionnels
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par N. Persyn & C. Jacquemaire
Samedi 17 avril 2010, dans les beaux locaux du Panthéon, les Master 2 professionnel ont exposé devant les différentes promotions du Magistère le fruit de leurs travaux d’atelier professionnel.
Ces ateliers constituent le cœur de la dernière année de la formation. Ils correspondent à une commande professionnelle d’un organisme extérieur (public ou privé), démarché par les enseignants ou les étudiants eux-mêmes. La commande, plus ou moins précise, plus ou moins contraignante, est soumise aux groupes d’étudiants au début du mois de novembre. Jusqu’à mi-janvier, les étudiants, par groupe de cinq ou six, suivis par un enseignant, disposent de deux jours par semaine pour commencer à formuler une réponse. De mi-janvier à fin mars, ils travaillent à temps plein pour mener à bien leur étude et finaliser leur dossier.

- Photo : C.J.

Cet exercice est essentiel dans une formation à vocation professionnalisante telle que le Magistère / Master d’urbanisme. Il permet aux étudiants de découvrir les exigences du monde professionnel en termes de charge de travail et de qualité de la réponse. Ils doivent également apprendre à travailler en groupe, avec des personnes parfois presque inconnues, et à s’organiser pour apporter une réponse adaptée à la commande. En somme, c’est un premier pas vers le monde professionnel.
Cette année cinq groupes se sont attelés à répondre aux exigences des commanditaires, autour de thèmes variés :
- Diversification de l’habitat dans les territoires en rénovation urbaine – CES Anru – Suivi par Sylvie Fol.
- Donner à voir le patrimoine d’Orly-Rungis-Seine Amont – IAUIdF – Suivi par Francis Beaucire.
- L’agriculture urbaine et péri-urbaine à Marne-la-Vallée : le projet des champs polarisés – EPAMarne EPAFrance – Suivi par Antoine Brès.
- La densification autour des gare à l’épreuve des potentiels d’accès et des pratiques de mobilité – CSTB – Suivi par Francis Beaucire et Xavier Desjardins.
- Etude exploratoire en vue de la création d’un éco-quartier à Aulnay-sous-Bois – Mairie d’Aulnay-sous-Bois – Suivi par Xavier Desjardins.
Cet après-midi a permis aux étudiants de partager leurs travaux, mais aussi de faire découvrir les ateliers aux autres promotions, et de débattre du contenu des dossiers et des idées qui y étaient développées. On espère que l’expérience se renouvellera !
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Urbanisme souterrain à Kiev
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par A. Laignel

- Alexandre Laignel, 2009
Lundi 6 octobre, 3 heures du matin. Les lumières du passage souterrain situé au croisement de Shevchenka Street et Khreschatyk Street, dans le centre-ville de Kiev, sont encore allumées. Le vigile, assis sur sa chaise depuis la tombée de la nuit, ne fait pas attention aux cris de trois anglophones ivres provenant d’une allée éloignée. Un niveau plus bas se trouve la salle de jeux en ligne et de connexion Internet. C’est le lieu préféré des geeks de Kiev. Parmi la centaine d’ordinateurs, près du tiers sont occupés à cette heure tardive grâce au tarif nuit complète à 3 euros. C’est le seul commerce du passage à rester ouvert pendant la nuit, le reste de l’activité nocturne se concentrant sporadiquement autour de la machine à café et d’une salle de jeux d’argent.
Le passage souterrain, élément d’urbanité

- Alexandre Laignel, 2009
Le passage sous-terrain, forme urbaine récurrente des villes de l’est de l’Europe, est un élément central des grandes villes de l’ex-URSS. Sa fonction première consiste à la traversée des axes de circulation automobile. Kiev, Moscou, Varsovie, Tallinn, jusqu’à Erevan en Arménie, ils participent à une stricte séparation des flux piétonniers de la voie, territoire de l’automobile. Sans être nécessairement reliés aux métros, ces espaces sont également consacrés à des usages de « haltes », à commencer par le commerce. Cet héritage d’un urbanisme d’un autre temps est aujourd’hui un élément urbain avec lequel il faut faire. D’autant que ces espaces ne souffrent pas nécessairement d’une image mauvaise, associée par exemple aux couloirs de métros parisiens dont la fonction principale reste la circulation. Ces passages accueillent une grande partie de ce que vendent traditionnellement les « commerces résidentiels »: presse, jeux vidéos, snacks, cigarettes, vêtements…
Un espace lié aux évolutions économiques de la ville

- Alexandre Laignel, 2009
La place de l’Indépendance (Maydan), lieu névralgique de la lointaine révolution orange de 2004, possède elle-aussi son réseau de passage souterrain. Ici toutefois, le statut central du lieu a légitimé une évolution inattendue des commerces qu’il accueille. « Swarowski », « Hugo Boss », « Sinéquanone »… ce sont des enseignes haut de gamme, voire de luxe, qui ont colonisé cet espace. La fonction de halte a fini par prédominer sur la fonction circulatoire, et l’espace public a été investi par des terrasses de café. Le « remodelage » de l’urbanisme souterrain a aussi donné lieu à la percée d’une baie géante ouvrant le souterrain de Maydan aux rayons du soleil.
Un urbanisme mis sous tension par sa localisation centrale dans la Ville ?

- Alexande Laignel, 2009
On imagine mal ces espaces fonctionner en périphérie aussi bien que dans le centre-ville de Kiev. Et très vite, quand on s’éloigne du centre, ces passages deviennent de simples couloirs sans commerces. Si les divers passages souterrains centraux se sont « spécialisés » dans des usages précis (commerce haut de gamme, internet, garderie d’enfants), complémentaire à l’usage circulatoire, les mêmes types d’espaces en périphérie restent peu attractifs. Leur caractère anxiogène et exigüe prend le dessus sur d’hypothétiques usages liées à un lieu « urbain ». De plus, la dissociation extrême entre espace du piéton et espace de l’automobile, induite par ces passages souterrains, contribue à accroître la dimension automobile du centre-ville, quand la congestion automobile, croissante à Kiev, n’a pas déjà rendue obsolète la vocation des passages à fluidifier la circulation automobile. Le modèle du passage souterrain est donc bel et bien révolu. Leur reconversion en tant que bâti existant à remodeler interpelle toutefois sur les pistes possible à suivre pour réhabiliter en France des espaces similaires, tels les couloirs de métro parisiens, ou encore les Halles.
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La conférence de M. Eric Amanou, consultant indépendant en urbanisme marqué par les questions d’habitat social et spécialisé sur les quartiers en difficulté, s’est déroulé dans les locaux de Paris 1 du Panthéon, le 21 janvier 2010.
Introduction :
La sécurité en rapport avec l’urbanisme est une notion qui découle du concept de prévention anglo-saxon introduit dans l’appréhension des grands ensembles. On s’est alors demandé si la résidentialisation française en était une traduction. La sécurité opérationnelle est en effet partie prenante des enjeux de l’habitat social.
Cette question est difficilement acceptée par la profession qui la considère comme hors-sujet car relevant des criminologues (policiers à la retraite qui apportent leur expertise). Le contexte sécuritaire est en effet fort en France et se voit accaparé par le discours de la droite qui le rend prépondérant, au détriment des libertés fondamentales, dans un clivage avec la gauche beaucoup plus timide sur le sujet. La place est ainsi largement occupée par les techniciens des mesures de sécurité (vidéosurveillance, police etc.).
Se pose alors la question du moyen d’assumer un discours sur la sécurité tout en se souciant de l’urbanité et des libertés sociales.
Pourquoi la sécurité interpelle-t-elle les urbanistes ?
Cela ne va pas de soi et pourtant la question est ancienne puisque les formes des villes ont toujours été déterminées par les risques auxquels s’exposaient les habitants : les invasions puis plus récemment les attentats et mouvements de foule.
La sécurité est donc une composante essentielle de l’offre urbaine et constitue la première qualité attendue de l’espace urbain, notamment de l’espace public.
PLAN
I. Des architectes qui s’intéressent à la sécurité
II. Des criminologues qui prennent en compte l’espace
III. Vers un consensus (long à se mettre en place entre les deux métiers)… et son cadre réglementaire
IV. Les trois grandes figures spatiales de la sécurité urbaine
I. Des architectes qui s’intéressent à la sécurité
Depuis plus de 40 ans, le lien entre architecture et sécurité est abordé dans ces pays. On peut à ce titre citer l’ouvrage fondateur de Jane Jacobs, critique d’architecture, Death and life of Great American Cities, publié en 1961.
- Elle rompt avec les théories urbaines contemporaines et pose la définition de principes appuyés sur l’usage et le rejet de préceptes de la modernité architecturale.
- Le premier chapitre « rue et sécurité » fait de la sécurité la première notion à laquelle doit répondre un espace urbain.
- Le niveau de prise en compte de la sécurité relève d’abord des habitants eux-mêmes et de leur surveillance naturelle : l’animation d’un espace par ses habitants, la simple présence de personnes, créent une atmosphère de sécurité. Ainsi les forces de l’ordre ne constituent pas l’élément premier de la sécurité, car la délinquance n’est pas tant une défaillance qu’un abandon de l’espace.
- Jane Jacobs est donc favorable à la diffusion des habitants dans les espaces secondaires via la découpe des grands ensembles en petits blocs.

Jane Jacobs, 1961
• D. Crowe (1991) propose la « continuité du réseau de voies publiques ».
• Oscar Newman (1992) parle lui d’« espace défendable ». Il organise l’espace en trois niveaux :
-
l’espace semi-privé : contrôle par les habitants eux-même
-
l’espace semi-public : contrôle indirect des habitants
-
l’espace public : contrôle qui dépend des forces de l’ordre.
O. Newman prône une rue qui permette un contrôle visuel direct par les habitants, ce qui est peu le cas pour les rues traditionnelles.
• Dorothy Kowal (2001) défend la recherche de vision des espaces semi-privés. Les constructions sont placées en biais pour favoriser la vision sur les espaces semi-privés situés en impasse. Ce principe a été appliqué dans un certain nombre de quartiers pavillonnaires.

Dorothy Kowal, 2001
• Bary Poyner (1975) va au-delà des espaces défendables : il s’agit d’organiser entièrement l’espace en fonction de la sécurité par un contrôle des habitants exerçant leur vision depuis les habitations, le public étant ainsi sous le contrôle du privé.
Ce principe de surveillance par les habitants eux-mêmes, du haut de leur fenêtre, s’inspire directement du panoptique de Bentham. Jeremy Bentham, philosophe utilitariste du XVIIIème siècle, imagine pour les prisons un procédé qui permette à un gardien (logé dans une tour centrale) de surveiller tous les prisonniers sans qu’ils puissent s’en rendre compte. Les prisonniers, potentiellement observés à tout moment, adoptent alors une autodiscipline. Pour plus d’informations : Le Panoptique (J. Bentham, 1780) ; Surveiller et Punir (M. Foucault, 1975). Dans le milieu urbain, le principe est le même : dans la rue l’individu se sait potentiellement observé à tout moment par les habitants.
Tous ces principes d’organisation de l’espace ont une traduction architecturale : cages d’escaliers (répondant au fait de voir, premier principe, et d’être vu), gradins, absence d’obstacles visuels telles les clôtures (qui se doivent d’être basses et non-végétalisées), les bow-windows (les fenêtres en angle)…. Les flux sont réorganisés pour que l’espace n’ait pas plus de deux fonctions. Les parkings souterrains n’ont aujourd’hui plus de piliers et sont très illuminés.
II. Des criminologues qui prennent en compte l’espace
• Felson et Cohen (1979) : Théorie de l’activité routinière. Il existe une concomitance aux USA, à la fin des années 1970, entre la société d’abondance et la forte augmentation de la criminalité : la quantité des biens en circulation qui augmente multiplie les opportunités de vols. De plus, la spécialisation fonctionnelle des espaces urbains et les rythmes de travail facilitent le travail des voleurs. Il faut donc prendre en compte la dimension de la vulnérabilité qui résulte d’une cible faible et de l’absence de surveillance.
• Georges L. Kelling et Catherine Coles (1996) : Théorie de la vitre cassée. Il s’agit de mettre en avant l’importance de la tenue des espaces : des signes d’abandon sont immédiatement suivis d’actes de délinquance comme conséquence d’effondrement des contrôles sociaux. Une spirale négative commence alors : ces actes d’incivilité entraîne un repli des habitants, l’espace public est donc abandonné et aisni beaucoup plus vulnérable à de nouvelles incivilités et ainsi de suite.
Une même expérience a été menée dans deux quartiers socialement opposés : un quartier plutôt aisé et sans problèmes de délinquance, un autre dit « difficile ». L’expérience consistait à stationner une voiture avec une vitre brisée de manière à ce qu’on croie à son abandon. Dans le quartier difficile, la voiture a été démantelée au bout d’une journée seulement. Et bien plus étonnant encore : dans le quartier riche, il n’a fallu que 48h de plus pour que la voiture subisse le même sort. Cette expérience démontre ainsi que la théorie de la vitre brisée est valable dans tout type d’endroit.
• Ronald Clarke : théorie du choix rationnel. Le délinquant est un acteur rationnel qui agit après avoir évalué le rapport entre coûts (effort nécessaire et risque encouru) et bénéfices (gain escompté). Le passage à l’acte s’inscrit dans un concours de circonstances et d’opportunités et non pas par hasard. La prévention situationnelle consiste à augmenter l’effort et les risques et à réduire les gains pour dissuader ainsi le passage à l’acte.
Mais cette théorie a un revers négatif : surprotéger les biens matériels crée un report de la violence sur les agressions physiques.
III. Vers un consensus et un cadre réglementaire
Une forte opposition existe en France au sujet de la prévention situationnelle :
- Elle s’inscrit dans une mise en cause de la volonté de tout expliquer par l’urbain dans un spatio-déterminisme.
- Il y a un risque d’enfermement et de ségrégation territoriale.
- On critique le déplacement dans l’espace des problèmes plutôt que leur résolution.
- On dénonce le caractère liberticide de certaines mesures.
- Il en résulte une normalisation des espaces marqués par leur sécurisation, leur privatisation, la réduction de l’espace collectif ou public et la perte induite d’urbanité des lieux.
→ Marseille est la ville française dans laquelle les emprises des espaces privatisés sont les plus importantes, ce phénomène se développant également dans le 16ème arrondissement de Paris autour du Trocadéro.
La construction du consensus s’installe en France… :
- L’urbanisme s’impose comme un facteur éventuellement facilitateur et non causal des actes de malveillance.
- L’équilibre est nécessaire entre protection et prévention.
- Il faut concilier urbanité et sécurité dans une logique de qualité, de confort et d’amélioration du cadre de vie
…et d’un cadre réglementaire dans une nécessaire adaptation législative (débats de 1995-2007) : Article 14 de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance :
« Le code de l’urbanisme est ainsi modifié : Les projets d’aménagement et la réalisation des équipements collectifs et des programmes de construction qui, par leur importance, leur localisation ou leurs caractéristiques propres peuvent avoir des incidences sur la protection des personnes et des biens contre les menaces et les agressions, doivent faire l’objet d’une étude préalable de sécurité publique permettant d’en apprécier les conséquences. »
On complète ce dispositif législatif par la mise en place d’études de sécurité. Elles ne sont réservées qu’aux projets les plus importants, sont soumises à des procédures d’évaluation minimales et sont examinées par des commissions mixtes. (→ ESSP : Etude de Sécurité et Sûreté Publique)
Ces contraintes sont appelées à être de plus en plus fortes : il est ainsi envisagé de supprimer la limite des 10 000m2 de SHON pour établir des études de sûreté.
Différents niveaux de prise en compte se dégagent du consensus et du cadre réglementaire :
Des préconisations programmatiques et de conception urbaine :
- La mixité fonctionnelle et sociale à travers la fréquentation et l’animation des espaces par la présence humaine.
- La lisibilité des espaces et l’identification du garant des lieux.
- La continuité des flux et la fluidité des circulations.
- L’ambiance urbaine par l’éclairage, l’acoustique (ici le bruit est positif)
- La visibilité dans ses deux pendants : voir et être vu.
Des préconisations d’ordre technique :
- La protection et le contrôle des accès
- Les dispositifs de surveillance
- La robustesse des matériaux et des équipements comme moyen de protection face à la vulnérabilité des cibles. Mais cela est vu comme un défi par les délinquants qui le dépassent.
Des préconisations organisationnelles par la mise en œuvre des démarches coproductrices de sécurité :
- Le partenariat local (collectivités locales, police, justice, bailleurs …)
- La gestion urbaine, l’entretien et les services urbains
- Les services à la personne
- La gestion de groupes sociaux particuliers (jeunes, gitans…)
IV. Trois figures spatiales de la sécurité urbaine se dégagent :
La protection physique des lieux :
-
la résidentialisation
-
la banalisation de la grille en tous contextes, pas toujours élégante et au but défensif, pour tous les prix.
-
l’absence de grille : le mur infranchissable (3m50), le recours au végétal, la cour intérieure, l’alignement hermétique.
-
le vide (aucune animation du RDC, hall en recul…)
La gestion des déplacements :
- La culture des stades dans un contexte de lutte contre le hooliganisme : on s’inspire de l’urbanisme routier avec sa recherche de la fluidité, l’obligation du mouvement et la séparation des flux pour éviter les contacts.

Paul Landauer, 2009
- L’extension aux transports en commun (tramway) : dispersion des usagers, répartition des flux, réduction des points de contrôle (points nodaux) par un croisement des voies avant leur séparation dans des directions opposées.
- L’extension aux sites propres : couloir spécifique à chaque mode de déplacement, répartition des flux, optimisation des vitesses, séparation et évitement des contacts. Problème : le conducteur est moins vigilant, les accidents sont donc plus importants. En outre cet évitement des contacts apparaît comme un signe de faillite de notre capacité à nous autoréguler et à respecter les autres types d’usagers de l’espace public.
- La mobilité forcée (contexte exceptionnel) : ne pas s’asseoir, limiter les bancs et donc obliger les gens à recourir aux espaces payants comme les cafés. (exemple de Paris 7 : ce n’est plus un campus car l’espace public a été limité pour empêcher les manifestations, les grévistes ne peuvent plus bloquer car les évacuations par les forces de l’ordre sont facilitées, le campus est désormais un espace public). Il existe même des cas où des pentes douces sont aménagées pour empêcher qu’on s’y attarde trop longtemps.
→ Il y a donc eu une déformation des principes de Jane Jacobs dans un débat complexe où il est dur de se situer. Ainsi on refuse l’existence d’impasses aujourd’hui, alors que Jane Jacobs estime qu’elles constituent des espaces défendables.
→ La sécurité est aujourd’hui imposée aux aménageurs qui n’assument pas d’y avoir recours (« ruses de sécurité »).
La flexibilité des espaces urbains :
- Organisation de « glacis » (autour des stades, par des parvis ou des secteurs Vigipirate …) qui assurent la neutralité du territoire alentour et facilitent ainsi la « zone à sécuriser ».
- Modèle des aéroports : l’organisation de l’espace varie suivant l’utilité recherchée, l’espace doit ainsi être flexible (surexploitation de barrières Vauban).
- Réduction des points de passage et démultiplication du contrôle individuel des passages : billets, puces, vidéo, … (Le plan masse des rues est prévu pour une modulation selon les flux piétons à la Défense).
Conclusion :
Les préconisations tournent essentiellement autour de la sphère publique et des animations pour assurer la sécurité plutôt qu’autour de la résidentialisation. Eric Amanou estime, personnellement, que la sécurisation doit passer par l’animation, l’urbanité et la mobilité forcée, même si ce dernier point est parfois contradictoire avec l’animation.
Pour nous français, les questions de sécurité sont tournées vers la puissance publique et ne sont pas prises comme une responsabilité personnelle dans la tradition de l’Etat providence et de ses « domaines » : la santé publique, la sécurité…. La différence culturelle avec les anglo-saxons est sensible à travers la question de leur organisation communautaire (recrutement des habitants sur CV). Notre rapport à l’espace public est différent et la question est purement franco-française car le communautarisme ne gêne pas les anglo-saxons.
Le problème actuel réside dans l’équilibre à trouver entre les deux extrêmes : ne pas sécuriser et risquer alors d’abandonner l’espace, sur-sécuriser et courir dans ce cas le risque de ségrégation envers certains groupes de population.
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Breda : le choix de l’efficacité environnementale
Ecrit parRédac en chef, classé dans Dossier. Pas de commentaire.
par S. Oddo
« Le développement durable est une culture, pas une addition de techniques. » Ariella Masboungi, Breda, faire la ville durable.
Sa mise en œuvre ne concerne pas uniquement les techniciens mais fait partie des pratiques quotidiennes de la population. Aux Pays-Bas, isl constitue une notion concrète et non politique dans l’imaginaire collectif, de l’habitant à l’élu.
Breda est une bonne illustration de cette vision collective du développement durable. Neuvième ville des Pays-Bas, située dans le nord Brabant, Breda a pris le parti de la durabilité, tant dans sa vision de l’aménagement que dans sa politique économique. Si la ville fut quatre fois lauréate du prix national du développement durable, ce pari était loin d’être gagné d’avance étant données les difficultés auxquelles la ville était confrontée. En effet, la commune subie de multiples pollutions, venant de l’étranger notamment, ce qui en fait un territoire à la surface majoritairement inconstructible selon les normes nationales. Cette situation de crise fut productive : elle a créé une émulation au sein du service technique et du corps politique pour élaborer des projets cohérents afin d’obtenir les dérogations gouvernementales nécessaires pour rendre constructibles des zones jusque là inexploitables. La particularité de la situation du pays lui-même a contribué à l’élaboration de méthodes originales d’aménagement durable. Deux tiers du pays étant situés sous le niveau de la mer, les Pays-Bas sont un territoire entièrement pensé et créé de toute pièce par les ingénieurs (polders). A partir de ce constat, tout semble possible puisque rien n’est réellement figé. Etant donné la fragilité de l’environnement naturel, le développement durable ne constitue pas juste un concept d’aménagement ou un but politique mais une nécessité : l’espace doit être avant tout transformable en prévision de demain. Cette approche de l’aménagement recherche également avant tout une efficacité économique, et Breda en constitue une illustration originale.
La transversalité contre la gestion en « silos » (A. Masboungi)
La municipalité de Breda a choisi de rompre avec une vision très sectorialisée du traitement des questions d’aménagement. Elle adopte une approche intégrée de celui-ci basée sur ce qu’elle nomme les « trois P » : Peuple – Profit – Planète. Chacun est invité à s’improviser « gestionnaire de la rareté et architecte du bien-être »(Jean-Louis Borloo). Chaque problématique de l’aménagement n’est pas abordée en elle-même mais en rapport avec les autres : les transports, l’architecture, le cadre de vie, et l’économie sont traités de manière transversale, ce qui constitue une gestion différente de la France, où chacune de ces questions est abordée par un service bien particulier et indépendant. Ce type de gestion est par ailleurs appuyé par une volonté politique ferme et surtout continue au gré des mandats, chaque échevin (maire) poursuivant les travaux de son prédécesseur.
« La nature à distance de pantoufle »
La particularité de l’environnement naturel où dominent les polders en fait un environnement transformable à souhait. Le nouveau quartier de Chassé-Park cristallise tous les engagements de la ville en matière d’aménagement. Ce nouveau centre, dont l’architecture présente de grandes signatures telles que Rem Khoolas ou Xaveer de Geyter, s’organise selon la forme du campus. Celui-ci se veut l’illustration d’un « plan d’urbanisme taillé par l’espace vert » (Adriaan Geuze, urbaniste). Il permet à la fois la densité du bâti et l’omniprésence du vert où se marient diverses formes architecturales, le contemporain radical côtoyant des bâtiments anciens (ex : couvent transformé en casino). La gestion du quartier est originale : les jardins en pied d’immeuble et les espaces collectifs aménagés sur les toits sont gérés par les habitants eux-mêmes. La gestion du reste des espaces publics se répartie entre la ville et le secteur privé. Le quartier concentre par ailleurs diverses formes d’habitat, de la tour aux maisons en bandes plus traditionnelles. Ces logements accueillent différents types de populations en permettant qu’elles se côtoient, afin de créer une réelle mixité sociale.
Chassé Park constitue également une illustration des techniques d’aménagements élaborées par la ville, telle que l’approche Ecotech-Ecotouch.
Le concept écotech-écotouch : un traitement sur mesure
Elaborée par Marc Okhuijsen, responsable du développement durable à Bréda, l’approche écotech-écotouch n’est pas un concept purement écologique mais vise à traiter les nuisances urbaines dans leur ensemble (pollution visuelle, sonore, environnementale), afin d’atteindre la meilleure qualité de vie possible.
Ecotech s’attaque ainsi à toutes les sources de pollution, notamment dans les zones « boucliers », où se jouxtent zones habitées et zones de nuisances. Elaborer des « îlots de silence » fait partie des choix d’aménagement de la ville. Suivant l’approche Ecotech, des bâtiments non sensibles au bruit (parkings) forment un front isolant entre la zone bruyante (axe passant) et les habitations. Colline antibruit ou mur végétalisé isolant constituent d’autres recours également utilisés. Echotech tient ainsi lieu de support à l’approche Ecotouch. Celle-ci inspire l’ensemble des méthodes d’aménagement à Breda : beaucoup de place pour la nature et pour l’eau, des grandes collines antibruit, une attention constante à l’infiltration de l’eau, l’intérêt pour les loisirs, les soins aux enfants, la mixité de l’habitat.
Ecotech protège l’espace et permet à Ecotouch de se développer. Cette méthode ne se veut pas générique mais au contraire un traitement sur mesure de chaque site, afin d’en exploiter toutes les potentialités.
L’originalité de Breda réside sans doute dans une contradiction : le succès de ses méthodes d’aménagement y étant d’une « banalité exemplaire », selon Dominique Bidou, président d’honneur de l’association française HQE. Pas de formes architecturales folles, mais la concrétisation d’une volonté d’aménagement durable qui ne reste pas qu’un concept vague. Vu de France, Breda n’en est pas restée au simple projet d’éco-quartier : elle en applique les principes d’aménagement à la ville entière en ne perdant jamais de vue la rentabilité économique et le dynamisme social. Cette ville moyenne a fait des choix risqués, aux vues surtout du peu d’atouts dont son site disposait, et représente encore en cela un exemple pour la France, dont « le risque majeur serait de ne pas prendre de risques », étant donnés les enjeux politiques et la lourdeur du processus en mille-feuilles de l’aménagement français.
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Le modèle danois
Ecrit parRédac en chef, classé dans Dossier, Non classé. Pas de commentaire.
par J.-P. Courtiau
Compte-rendu de l’intervention de Philippe Martinez, chargé d’études économiques et financières au service économique de l’ambassade de France au Danemark
Le Danemark était encore récemment évoqué comme un modèle de société conjuguant avec bonheur l’économie libérale et le progrès social. Pays riche, sans chômage, peu endetté, à hauteur de 30% de son PIB. Le dialogue social y est exemplaire et les danois sont manifestement des gens heureux.
Micro pays aux grandes ressources, excellent dans la spécialisation et l’exportation pour se développer, le pays recherche les niches sans prétendre dominer les marchés. De nombreuses marques en attestent comme Velux et Danfoss dans le bâtiments, Lego dans l’industrie du jouet, Bang & Olufsen dans le matériel son et vidéo, Carlsberg dans la bière…Ces entreprises sont souvent leaders dans leur spécialité et inondent le monde entier de leurs produits. Les exportations sont également florissantes en ce qui concerne l’industrie pharmaceutique et les éoliennes (7%des exportations).. Les premiers partenaires extérieurs sont l’Allemagne, l’Autriche et la Norvège.
Dans le secteur de la recherche et du développement, le Danemark est très bien placé et respecte l’obligation du traité de Lisbonne (3% du PIB) à 2,7%. En ce qui concerne le taux d’emploi, il est de 78% (65% en France) chez les hommes et de 75% chez les femmes. L’impôt, prélevé à la source, est le plus élevé du monde (40 à 45% du salaire) et alimente l’Etat et les collectivités ; les régions n’ont pas le droit de lever l’impôt.
Les faiblesses de l’économie danoise résident en :
- un niveau d’endettement très fort des ménages (très fort taux d’intérêt)
- l’Etat providence est très développé mais le domaine de la santé connaît de graves carences. La part de l’emploi dans le secteur public est très importante : plus de 30%, beaucoup plus que dans le reste de l’Europe
- le secteur agro-alimentaire est en quasi monopole d’où une certaine fragilité.
La flexibilité, sous-tendue par une offre abondante d’emplois, signifie que l’embauche et le licenciement sont choses aisées. La société, toutefois, protège le salarié au chômage en lui proposant des formations multiples et un suivi personnalisé jusqu’à son retour à l’emploi, lié à un système de tutorat très efficace. Cela se paie par un budget social important entièrement à la charge de l’Etat, lequel n’est pas compétent. Les prestations sociales sont d’ailleurs versées par la commune qui fonctionne comme un guichet de proximité, renforçant au passage le sentiment d’appartenance à la communauté proche. Il en résulte une grande mobilité de l’emploi : un tiers des effectifs salariés change d’employeurs chaque année, et quelque 10% des emplois disparaissent,, remplacés par d’autres, d’une année sur l’autre. Les danois changent d’emploi environ tous les 3 ou 4 ans. Aujourd’hui ce schéma est un peu écorné par la crise. Le taux de chômage est de 3,3%, la dette publique égale à 33 ou 34% du PIB. Auparavant on manquait de main d’œuvre (notamment dans le domaine de la santé). De 2005 à 2008, les finances publiques étaient excédentaires ; en 2009, elles connaissent un léger déficit de 1,2%. Les faillites sont en un an importantes. Un appartement vaut 30% de moins qu’en 2007. Mais les salaires ont augmenté de 13% en trois ans grâce aux négociations salariales. Les très nombreuses PME ont un rôle important mais n’ont pas la capacité d’exporter.
Statistiques prévisionnelles
| 2009 | 2010 | |
| Croissance | 2,5% | 1% |
| Taux de chômage | 3,6% | 5,5% |
| Solde budgétaire | 1,3% | - 3,3% |
| Dette publique (%du PIB) | 36,1% | 38,8% |
| Exportations | - 7,25% | + 1,25% |
| Revenu disponible par ménage | + 4,5% | + 2% |
Les CDD sont peu nombreux, la norme étant le CDI. Le rôle joué par les syndicats est très important : 70% de salariés sont syndiqués (30% en France). Les charges sont faibles pour les entreprises et les employeurs ne paient pas de cotisation chômage. Les négociations des conventions collectives ont lieu tous les trois ans et la majorité des salariés est couverte par une convention collective : 80% dans le privé et 90% dans le public. Les grèves sont permises pendant la durée de la négociation collective mais interdites en dehors. Deux institutions régulent les situations conflictuelles : le médiateur qui a des pouvoirs étendus et encourage les négociations et le tribunal du travail qui statue sur les différentes infractions. Les négociations collectives 2008 ont permis des augmentations substantielles de salaires ; les danois ont de plus en plus de liberté, peuvent travailler plus et choisir leurs horaires. Les salaires moyens sont dans le privé de 4 700 euros bruts par mois et dans le public de 4 500 euros. Mais les impôts en prennent la moitié et la caisse chômage prélève 600 euros. Le régime des retraites est aussi très protecteur : entre 1998 et 2003, 1% des salaires était affecté à une épargne retraite forcée et réaffectée à partir de 65 ans. Il existe plusieurs paliers :
- la retraite d’Etat à partir de 40 ans de résidence au Danemark : on touche une retraite d’Etat même si on n’a pas travaillé qui est de l’ordre de 700 euros augmenté de 600 ;
- la retraite professionnelle après négociation collective touche 12 à 17% des salariés, les 2/3 étant payés par l’employeur, le 1/3 restant par le salarié ;
- la retraite complémentaire existe : il s’agit d’une sorte de compte épargne retraite. A 65 ans (âge de la retraite), on peut bénéficier de l’ensemble de ce dispositif. Il existe aussi un système de retraite volontaire jusqu’à 70 ans et un dispositif de pré retraite à partir de 60 ans.
En conclusion :
La population du Danemark étant de 5,5 millions d’habitants, le gouvernement a la capacité de faire des réformes importantes en peu de temps. Une réforme fiscale est prévue vers 2010 qui pourrait alléger l’imposition sur le revenu et les plus bas salaires. La tranche intermédiaire a été supprimée mais les taxes sur l’énergie sont augmentées. On compte au Danemark cinq régions, 14 départements et 270 communes ; il est prévu d’en maintenir que 98, leur responsabilité étant plus étendue que pour la commune française. Toutes les communes ont une population égale ou supérieure à 20 000 habitants. C’est le pays de l’économie numérique et les sites Internet danois sont très efficaces ; le site délivrant des informations concernant le domaine public est considéré par les Nations Unies comme le meilleur site du monde. Les recettes du pétrole et du gaz issus de la mer du Nord sont importantes. Au niveau administratif, tout fonctionne de manière horizontale, le travail est collectif ; il n’y a pas de hiérarchie, de formation d’élites dans de grandes écoles comme l’ENA ou Sciences Po. Les formations se font dans les écoles de commerce ou dans les universités. La très grande mobilité professionnelle suppose que la formation professionnelle continue soit très importante et elle s’exerce effectivement tout au long de la vie. Chaque salarié a droit à deux semaines de formation continue par an et son employeur doit le lui accorder.Il existe des contradictions au niveau du développement durable : l’usage intensif du vélo, de matériaux propres, l’abandon des centrales nucléaires sont des mesures positives mais le nucléaire est remplacé par le charbon et 80% de la consommation sont issus des énergies fossiles. Les danois exportent beaucoup d’éoliennes mais en utilisent peu (20% de l’énergie consommée).
04
København, byen cyclister *
Ecrit parRédac en chef, classé dans Dossier, Non classé. Pas de commentaire.
par E. Briand
* Copenhague, ville de cyclistes
« Ici, personne n’est cycliste, mais tout le monde pédale ». L’affirmation peut faire sourire lorsqu’on regarde les hordes de vélos qui circulent toute la journée dans les rues de la capitale danoise. Pourtant, cette phrase résume à elle seule le couple que les Danois, et plus particulièrement les Copenhagois, forment avec la petite reine.
UNE CULTURE ANCESTRALE
Le vélo a toujours eu une place particulière au Danemark, et plus spécialement à Copenhague. Avant la Seconde Guerre Mondiale déjà, les habitants utilisaient massivement la petite reine pour se déplacer. Dès cette époque, les autorités mettent donc en place des équipements pour faciliter la vie des cyclistes. Mais surtout, petit à petit, le vélo va faire partie de la culture danoise.
La bicyclette ne se contente pas d’être le mode de déplacement des classes populaires. Les notables et les personnalités du pays s’affichent également à vélo. Ainsi, au début des années 1930, la princesse Ingrid de Suède arrive au Danemark pour y épouser le prince Frédéric, héritier du trône. Afin de faire d’elle une Danoise à part entière, la princesse se voit remettre un vélo, signe de la place qu’il occupe dans la culture danoise.
Mais comme tous les pays industrialisés, le Danemark va connaitre une période de règne sans partage de la voiture particulière. A partir des années 1960, le vélo est délaissé. Les pistes cyclables disparaissent au profit de nouvelles voies de circulation et le taux de motorisation des ménages est croissant. Mais cela ne durera qu’un temps. Rapidement, les Danois vont mal supporter la congestion, le bruit et la pollution engendrés par un trafic automobile en perpétuelle augmentation. A tel point qu’au début des années 1980, la population danoise descend dans la rue pour réclamer la fin du « tout-automobile », et le retour du vélo et des transports publics. La manifestation rassemble à l’époque près de 30 000 personnes à Copenhague.
UNE RECETTE SI SIMPLE
Mais qu’est-ce qui fait donc tant pédaler les Danois ? A Copenhague en 2008, 37% des déplacements domicile-travail et domicile-lieu d’étude se font à vélo. Et lorsqu’on interroge les cyclistes, 44% disent prendre leur vélo parce que c’est facile, et 40% parce que c’est rapide.
Ces chiffres sont le résultat direct des aménagements à destination des cyclistes. Toutes les rues principales de la capitale sont aménagées sur le même modèle : au centre, la ou les voies destinées à la circulation automobile. En allant vers les trottoirs, on trouve ensuite soit une file de stationnement (le plus souvent), soit une voie de bus. Puis, on trouve la piste cyclable. Celle-ci n’est pas simplement matérialisée par de la peinture au sol et une banquette, comme c’est souvent le cas en France, mais est séparée physiquement des autres voies de circulation en étant surélevée comme un trottoir. Enfin, le trottoir lui-même longe la piste cyclable.

- Observations personnelles de l’auteur
Les aménagements à destination des cyclistes ne se limitent pas à l’aménagement des pistes cyclables en elles-mêmes. Afin d’améliorer la sécurité de tous les vélos, les pistes cyclables sont dotées de leurs propres feux tricolores. La commune de Copenhague réfléchit d’ailleurs à un système qui permettrait de donner la priorité aux cyclistes sur les carrefours les plus dangereux. Des ponts réservés aux piétons et aux vélos sont également construits dans le cadre du plan de réalisation des voies vertes.
Enfin, pour ceux qui combinent les transports collectifs et le vélo, les trains sont tous équipés de compartiments pour les cycles, ce qui permet de transporter facilement plusieurs vélos (une dizaine par compartiment).
DES AMBITIONS POUR L’AVENIR
Vu de France, ce panorama sur les vélos à Copenhague semble idyllique, mais la municipalité souhaite faire encore mieux. Trois objectifs ont ainsi été fixés à horizon 2015 :
- 50% de navettes domicile-travail/lieu d’étude à vélo contre 37% aujourd’hui.
- 50% d’accidents graves impliquant des vélos en moins,
- 80% de cyclistes qui se sentent en sécurité contre 51% aujourd’hui, toute la difficulté étant la mesure de ce sentiment qui reste foncièrement subjectif.

- Photo de l’auteur
Afin de parvenir à ces objectifs, la municipalité de Copenhague a décidé de débloquer des fonds supplémentaires pour améliorer les conditions de circulation des vélos. Ces budgets supplémentaires sont de 33 millions de couronnes danoises (4,4 millions d’euros) pour 2006, DKK 25 millions (3,4 m €) pour 2007, DKK 25 millions (3,4 m €) pour 2008, et DKK 25 millions (3,4 m €) pour 2009. Le plan d’investissement 2006/2007 de la Ville prévoyait également des fonds (DKK 55 m soit 7,4 m €) pour améliorer les infrastructures dédiées aux vélos, dont un pont au-dessus d’Ågade, une 2 x 3 voies au Nord Est du centre ancien.
Par ailleurs, l’accent sera également mis sur le stationnement des vélos, qu’il s’agisse de la ville en général, ou du stationnement dans les stations de transports collectifs. En effet, en 2006, 57% des cyclistes sont insatisfaits des conditions de stationnement en ville.
UNE VILLE DE CYCLISTES
Pour des Français parisiens, habitués à voir les vélos cohabiter avec les bus et les taxis dans les voies de bus, Copenhague apparait comme le paradis des cyclistes. Traité comme un mode de transports à part entière, le vélo a toute sa place sur la voirie danoise, et les déplacements cyclistes en sont d’autant plus sécurisés. Preuve que la problématique du vélo ne se résume pas à une question de météorologie, Copenhague se pose en exemple de ville cyclable, et donne à réfléchir à tous en matière de politique cyclable.
04
Christiana, enclave post-libertaire au cœur de Copenhague
Ecrit parRédac en chef, classé dans Dossier. Pas de commentaire.
par A. LAIGNEL
Après avoir pris le bus 66 (ou bien un vélo), on arrive à l’entrée du quartier « auto-géré » de Christiana. Un bâtiment long aux briques brunes enclave le quartier sur le reste de la ville. A l’entrée principale, un panneau signale l’accès à cette mini-société fondée par une centaine de hippies en 1971 en lieu et place d’une base militaire. Assez vite on devine que l’utopie libertaire de l’autogestion a dû affronter les réalités économiques quand on croise les échoppes de vendeurs d’encens, chapeaux, et autres tee-shirts à l’emblème du quartier (un rectangle rouge marqué de trois points rouges). Impression confirmée quand plus loin, on traverse un chemin bordé de vendeurs de marijuana, qui, quand on y regarde de plus près, ne provient plus des jardinets biologiques de Christiana, mais des grandes autoroutes de la drogue européennes.
Mais si les plus conservateurs font preuve de patience, ils découvriront une facette plus authentique de ce territoire. Dans un tableau romantique se mêlent à architecture de brique brunes joliment vieillissante des formes d’habitats spontanés, nichés dans les interstices des petits talus et contre les maisons. Les matériaux de récupération ont donné naissance à des petites maisonnettes habitées, et les espaces publics ont été apprivoisés par les riverains. Ils semblent traités comme un bien commun, comme en témoigne la présence de mobiliers urbains trônant sereinement sur l’espace public : tables, chaises, ballons d’enfants, ou encore tables de ping-pong. Une végétation foisonnante et anarchique rajoute à ce tableau de joli désordre, ponctué par des boites de récupération de divers matériaux recyclables. Si la curiosité ne manque pas, on pourra tenter d’attraper le sourire d’une habitante du quartier en train d’étendre son linge à sécher, ou de lancer une discussion avec un des hippies vieillissant à la longue barbe. Aujourd’hui, environ un millier de personnes habitent ici. Si c’est le côté divertissement qui vous attire plus, vous pourrez profiter d’un des festivals musicaux qu’accueille Christiana et vous installer à une table en dégustant un des délicieux plats proposés par le restaurant en plein air. Quand même toujours un peu cher, comme à l’image de Copenhague en général.
On rentre encore aujourd’hui vivre dans le quartier de Christiana par cooptation. Les loyers sont inexistants, ainsi que la fiscalité. C’est ce à quoi le revers du panneau d’entrée à Christiana fait allusion en annonçant « You are now enterring in the [European Union] » quand on quitte le lieu. Ce statut n’est pas sans causer des tensions dans la société de la capitale danoise, dont se font échos les acteurs politiques, tiraillés entre une volonté de retour au conservatisme, et les convoitises foncières. Premier coup de semonce en 2004, mené par la majorité de droite à la tête de la municipalité de Copenhague, une quarantaine de dealers sont arrêtés, et les échoppes de la rue principale sont détruites. Mais sous couvert d’une politique anti-drogue, la petite société craint la disparition du statut à part du lieu, ce que certains projets politiques esquissés ont confirmé en envisageant le retour sur le giron de la ville des terrains. Le retour à la tolérance prévaut depuis, et la cooptation demeure la règle. L’identité du lieu semble vivre encore aujourd’hui, mais pour combien de temps encore ?
09
Le mot du Rédacteur en Chef
Ecrit parRédac en chef, classé dans Non classé. Pas de commentaire.
Ô Blog, suspend ton vol !
La nouvelle rédaction de la revue Urban’Essence a décidé de se lancer à la conquête du web.
Cette ambition est née de la volonté de gagner en visibilité et en accessibilité. Nos anciens numéros seront mis en ligne et téléchargeables gratuitement.
Le Blog Urban’Essence vous propose des compléments aux articles parus dans la revue afin de poursuivre la réflexion ; et, des articles inédits sur des thèmes différents, plus proches du vécu et du ressenti des apprentis urbanistes que nous sommes !
Cet outil se veut plus proche de ses lecteurs et permettant de lancer des débats, d’interagir autour des questions de l’actualité urbaine et de recueillir vos réactions.
Appropriez-le vous !
C’est une tribune d’expression mise à la disposition de tous les rédacteurs-urbanistes qui sommeillent en vous !
Vous avez envie de vous exprimer, n’hésitez pas à envoyer vos idées et vos articles grâce à l’adresse mail de la revue : revue.urbanessence@gmail.fr
Clément Jacquemaire, Rédacteur en chef.
Source image: http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://pianococktail.files.wordpress.com/2008/08/humour-blog2.jpg&imgrefurl=
08
Contre le réchauffement climatique : quelles finalités ?
Ecrit parRédac en chef, classé dans Débats. Pas de commentaire.

Source : Le Monde, 8/12/2009, p.1
La crise des banlieues peut-elle trouver son remède dans le développement durable ?