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par J.-P. Courtiau

Compte-rendu de l’intervention de Philippe Martinez, chargé d’études économiques et financières au service économique de l’ambassade de France au Danemark

Le Danemark était encore récemment évoqué comme un modèle de société conjuguant avec bonheur l’économie libérale et le progrès social. Pays riche, sans chômage, peu endetté, à hauteur de 30% de son PIB. Le dialogue social y est exemplaire et les danois sont manifestement des gens heureux.

 Micro pays aux grandes ressources, excellent dans la spécialisation et l’exportation pour se développer, le pays recherche les niches sans prétendre dominer les marchés. De nombreuses marques en attestent comme Velux et Danfoss dans le bâtiments, Lego dans l’industrie du jouet, Bang & Olufsen dans le matériel son et vidéo, Carlsberg dans la bière…Ces entreprises sont souvent leaders dans leur spécialité et inondent le monde entier de leurs produits. Les exportations sont également florissantes en ce qui concerne l’industrie pharmaceutique et les éoliennes (7%des exportations).. Les premiers partenaires extérieurs sont l’Allemagne, l’Autriche et la Norvège.

Dans le secteur de la recherche et du développement, le Danemark est très bien placé et respecte l’obligation du traité de Lisbonne (3% du PIB) à 2,7%.  En ce qui concerne le taux d’emploi, il est de 78% (65% en France) chez les hommes et de 75% chez les femmes.  L’impôt, prélevé à la source, est le plus élevé du monde (40 à 45% du salaire) et alimente l’Etat et les collectivités ; les régions n’ont pas le droit de lever l’impôt.

 Les faiblesses de l’économie danoise résident en :

-          un niveau d’endettement très fort des ménages (très fort taux d’intérêt)

-          l’Etat providence est très développé mais le domaine de la santé connaît de graves carences. La part de l’emploi dans le secteur public est très importante : plus de 30%, beaucoup plus que dans le reste de l’Europe

-          le secteur agro-alimentaire est en quasi monopole d’où une certaine fragilité.

 La flexibilité, sous-tendue par une offre abondante d’emplois, signifie que l’embauche et le licenciement sont choses aisées. La société, toutefois, protège le salarié au chômage en lui proposant des formations multiples et un suivi personnalisé jusqu’à son retour à l’emploi, lié à un système de tutorat très efficace. Cela se paie par un budget social important entièrement à la charge de l’Etat, lequel n’est pas compétent. Les prestations sociales sont d’ailleurs versées par la commune qui fonctionne comme un guichet de proximité, renforçant au passage le sentiment d’appartenance à la communauté proche.  Il en résulte une grande mobilité de l’emploi : un tiers des effectifs salariés change d’employeurs chaque année, et quelque 10% des emplois disparaissent,, remplacés par d’autres, d’une année sur l’autre. Les danois changent d’emploi environ tous les 3 ou 4 ans.  Aujourd’hui ce schéma est un peu écorné par la crise. Le taux de chômage est de 3,3%, la dette publique égale à 33 ou 34% du PIB. Auparavant on manquait de main d’œuvre (notamment dans le domaine de la santé). De 2005 à 2008, les finances publiques étaient excédentaires ; en 2009, elles connaissent un léger déficit de 1,2%. Les faillites sont en un an importantes. Un appartement vaut 30% de moins qu’en 2007. Mais les salaires ont augmenté de 13% en trois ans grâce aux négociations salariales. Les très nombreuses PME ont un rôle important mais n’ont pas la capacité d’exporter.

Statistiques prévisionnelles

  2009 2010
Croissance 2,5% 1%
Taux de chômage 3,6% 5,5%
Solde budgétaire 1,3% - 3,3%
Dette publique (%du PIB) 36,1% 38,8%
Exportations - 7,25% + 1,25%
Revenu disponible par ménage + 4,5% + 2%

 

Les CDD sont peu nombreux, la norme étant le CDI. Le rôle joué par les syndicats est très important : 70% de salariés sont syndiqués (30% en France). Les charges sont faibles pour les entreprises et les employeurs ne paient pas de cotisation chômage. Les négociations des conventions collectives ont lieu tous les trois ans et la majorité des salariés est couverte par une convention collective : 80% dans le privé et 90% dans le public. Les grèves sont permises pendant la durée de la négociation collective mais interdites en dehors. Deux institutions régulent les situations conflictuelles : le médiateur qui a des pouvoirs étendus et encourage les négociations et le tribunal du travail qui statue sur les différentes infractions. Les négociations collectives 2008 ont permis des augmentations substantielles de salaires ; les danois ont de plus en plus de liberté, peuvent travailler plus et choisir leurs horaires. Les salaires moyens sont dans le privé de 4 700 euros bruts par mois et dans le public de 4 500 euros. Mais les impôts en prennent la moitié et la caisse chômage prélève 600 euros. Le régime des retraites est aussi très protecteur : entre 1998 et 2003, 1% des salaires était affecté à une épargne retraite forcée et réaffectée à partir de 65 ans. Il existe plusieurs paliers :

- la retraite d’Etat à partir de 40 ans de résidence au Danemark : on touche une retraite d’Etat même si on n’a pas travaillé qui est de l’ordre de 700 euros augmenté de 600  ;

- la retraite professionnelle après négociation collective touche 12 à 17% des salariés, les 2/3 étant payés par l’employeur, le 1/3 restant par le salarié ;

- la retraite complémentaire existe : il s’agit d’une sorte de compte épargne retraite. A 65 ans (âge de la retraite), on peut bénéficier de l’ensemble de ce dispositif. Il existe aussi un système de retraite volontaire jusqu’à 70 ans et un dispositif de pré retraite à partir de 60 ans.

En conclusion :

La population du Danemark étant de 5,5 millions d’habitants, le gouvernement a la capacité de faire des réformes importantes en peu de temps. Une réforme fiscale est prévue vers 2010 qui pourrait alléger l’imposition sur le revenu et les plus bas salaires. La tranche intermédiaire a été supprimée mais les taxes sur l’énergie sont augmentées. On compte au Danemark cinq régions, 14 départements et 270 communes ; il est prévu d’en maintenir que 98, leur responsabilité étant plus étendue que pour la commune française. Toutes les communes ont une population égale ou supérieure à 20 000 habitants. C’est le pays de l’économie numérique et les sites Internet danois sont très efficaces ; le site délivrant des informations concernant le domaine public est considéré par les Nations Unies comme le meilleur site du monde. Les recettes du pétrole et du gaz issus de la mer du  Nord sont importantes. Au niveau administratif, tout fonctionne de manière horizontale, le travail est collectif ; il n’y a pas de hiérarchie, de formation d’élites dans de grandes écoles comme l’ENA ou Sciences Po. Les formations se font dans les écoles de commerce ou dans les universités. La très grande mobilité professionnelle suppose que la formation professionnelle continue soit très importante et elle s’exerce effectivement tout au long de la vie. Chaque salarié a droit à deux semaines de formation continue par an et son employeur doit le lui accorder.Il existe des contradictions au niveau du développement durable : l’usage intensif du vélo, de matériaux propres, l’abandon des centrales nucléaires sont des mesures positives mais le nucléaire est remplacé par le charbon et 80% de la consommation sont issus des énergies fossiles. Les danois exportent beaucoup d’éoliennes mais en utilisent peu (20% de l’énergie consommée).

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