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par E. Briand

* Copenhague, ville de cyclistes

« Ici, personne n’est cycliste, mais tout le monde pédale ». L’affirmation peut faire sourire lorsqu’on regarde les hordes de vélos qui circulent toute la journée dans les rues de la capitale danoise. Pourtant, cette phrase résume à elle seule le couple que les Danois, et plus particulièrement les Copenhagois, forment avec la petite reine.

UNE CULTURE ANCESTRALE

Le vélo a toujours eu une place particulière au Danemark, et plus spécialement à Copenhague. Avant la Seconde Guerre Mondiale déjà, les habitants utilisaient massivement la petite reine pour se déplacer. Dès cette époque, les autorités mettent donc en place des équipements pour faciliter la vie des cyclistes. Mais surtout, petit à petit, le vélo va faire partie de la culture danoise.

La bicyclette ne se contente pas d’être le mode de déplacement des classes populaires. Les notables et les personnalités du pays s’affichent également à vélo. Ainsi, au début des années 1930, la princesse Ingrid de Suède arrive au Danemark pour y épouser le prince Frédéric, héritier du trône. Afin de faire d’elle une Danoise à part entière, la princesse se voit remettre un vélo, signe de la place qu’il occupe dans la culture danoise.

Mais comme tous les pays industrialisés, le Danemark va connaitre une période de règne sans partage de la voiture particulière. A partir des années 1960, le vélo est délaissé. Les pistes cyclables disparaissent au profit de nouvelles voies de circulation et le taux de motorisation des ménages est croissant. Mais cela ne durera qu’un temps. Rapidement, les Danois vont mal supporter la congestion, le bruit et la pollution engendrés par un trafic automobile en perpétuelle augmentation. A tel point qu’au début des années 1980, la population danoise descend dans la rue pour réclamer la fin du « tout-automobile », et le retour du vélo et des transports publics. La manifestation rassemble à l’époque près de 30 000 personnes à Copenhague.

UNE RECETTE SI SIMPLE

Mais qu’est-ce qui fait donc tant pédaler les Danois ? A Copenhague en 2008, 37% des déplacements domicile-travail et domicile-lieu d’étude se font à vélo. Et lorsqu’on interroge les cyclistes, 44% disent prendre leur vélo parce que c’est facile, et 40% parce que c’est rapide.

Ces chiffres sont le résultat direct des aménagements à destination des cyclistes. Toutes les rues principales de la capitale sont aménagées sur le même modèle : au centre, la ou les voies destinées à la circulation automobile. En allant vers les trottoirs, on trouve ensuite soit une file de stationnement (le plus souvent), soit une voie de bus. Puis, on trouve la piste cyclable. Celle-ci n’est pas simplement matérialisée par de la peinture au sol et une banquette, comme c’est souvent le cas en France, mais est séparée physiquement des autres voies de circulation en étant surélevée comme un trottoir. Enfin, le trottoir lui-même longe la piste cyclable.

Observations personnelles de l'auteur
Observations personnelles de l’auteur

 Les aménagements à destination des cyclistes ne se limitent pas à l’aménagement des pistes cyclables en elles-mêmes. Afin d’améliorer la sécurité de tous les vélos, les pistes cyclables sont dotées de leurs propres feux tricolores. La commune de Copenhague réfléchit d’ailleurs à un système qui permettrait de donner la priorité aux cyclistes sur les carrefours les plus dangereux. Des ponts réservés aux piétons et aux vélos sont également construits dans le cadre du plan de réalisation des voies vertes.

Mais la question majeure pour les cyclistes reste de garer son vélo. Les espaces qui y sont dédiés sont très nombreux et ne sont pas aménagés exclusivement par les autorités. De nombreux commerçants qui ont des pré-enseignes sur le trottoir ont acquis des panneaux dotés d’arceaux pour les vélos (entre 2 et 8 selon les modèles). Les abords des gares et des stations de transports collectifs accueillent également des aménagements où les places se comptent par dizaine.

Enfin, pour ceux qui combinent les transports collectifs et le vélo, les trains sont tous équipés de compartiments pour les cycles, ce qui permet de transporter facilement plusieurs vélos (une dizaine par compartiment).

 

DES AMBITIONS POUR L’AVENIR

Vu de France, ce panorama sur les vélos à Copenhague semble idyllique, mais la municipalité souhaite faire encore mieux. Trois objectifs ont ainsi été fixés à horizon 2015 :

-          50% de navettes domicile-travail/lieu d’étude à vélo contre 37% aujourd’hui.

-          50% d’accidents graves impliquant des vélos en moins,

-          80% de cyclistes qui se sentent en sécurité contre 51% aujourd’hui, toute la difficulté étant la mesure de ce sentiment qui reste foncièrement subjectif.

Photo de l'auteur
Photo de l’auteur

Afin de parvenir à ces objectifs, la municipalité de Copenhague a décidé de débloquer des fonds supplémentaires pour améliorer les conditions de circulation des vélos. Ces budgets supplémentaires sont de 33 millions de couronnes danoises (4,4 millions d’euros) pour 2006, DKK 25 millions (3,4 m €) pour 2007, DKK 25 millions (3,4 m €) pour 2008, et DKK 25 millions (3,4 m €) pour 2009. Le plan d’investissement 2006/2007 de la Ville prévoyait également des fonds (DKK 55 m soit 7,4 m €) pour améliorer les infrastructures dédiées aux vélos, dont un pont au-dessus d’Ågade, une 2 x 3 voies au Nord Est du centre ancien.

Par ailleurs, l’accent sera également mis sur le stationnement des vélos, qu’il s’agisse de la ville en général, ou du stationnement dans les stations de transports collectifs. En effet, en 2006, 57% des cyclistes sont insatisfaits des conditions de stationnement en ville.

UNE VILLE DE CYCLISTES

Pour des Français parisiens, habitués à voir les vélos cohabiter avec les bus et les taxis dans les voies de bus, Copenhague apparait comme le paradis des cyclistes. Traité comme un mode de transports à part entière, le vélo a toute sa place sur la voirie danoise, et les déplacements cyclistes en sont d’autant plus sécurisés. Preuve que la problématique du vélo ne se résume pas à une question de météorologie, Copenhague se pose en exemple de ville cyclable, et donne à réfléchir à tous en matière de politique cyclable.

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