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Breda : le choix de l’efficacité environnementale
Ecrit par Rédac en chef, classé dans Dossier. Pas de commentaire.
par S. Oddo
« Le développement durable est une culture, pas une addition de techniques. » Ariella Masboungi, Breda, faire la ville durable.
Sa mise en œuvre ne concerne pas uniquement les techniciens mais fait partie des pratiques quotidiennes de la population. Aux Pays-Bas, isl constitue une notion concrète et non politique dans l’imaginaire collectif, de l’habitant à l’élu.
Breda est une bonne illustration de cette vision collective du développement durable. Neuvième ville des Pays-Bas, située dans le nord Brabant, Breda a pris le parti de la durabilité, tant dans sa vision de l’aménagement que dans sa politique économique. Si la ville fut quatre fois lauréate du prix national du développement durable, ce pari était loin d’être gagné d’avance étant données les difficultés auxquelles la ville était confrontée. En effet, la commune subie de multiples pollutions, venant de l’étranger notamment, ce qui en fait un territoire à la surface majoritairement inconstructible selon les normes nationales. Cette situation de crise fut productive : elle a créé une émulation au sein du service technique et du corps politique pour élaborer des projets cohérents afin d’obtenir les dérogations gouvernementales nécessaires pour rendre constructibles des zones jusque là inexploitables. La particularité de la situation du pays lui-même a contribué à l’élaboration de méthodes originales d’aménagement durable. Deux tiers du pays étant situés sous le niveau de la mer, les Pays-Bas sont un territoire entièrement pensé et créé de toute pièce par les ingénieurs (polders). A partir de ce constat, tout semble possible puisque rien n’est réellement figé. Etant donné la fragilité de l’environnement naturel, le développement durable ne constitue pas juste un concept d’aménagement ou un but politique mais une nécessité : l’espace doit être avant tout transformable en prévision de demain. Cette approche de l’aménagement recherche également avant tout une efficacité économique, et Breda en constitue une illustration originale.
La transversalité contre la gestion en « silos » (A. Masboungi)
La municipalité de Breda a choisi de rompre avec une vision très sectorialisée du traitement des questions d’aménagement. Elle adopte une approche intégrée de celui-ci basée sur ce qu’elle nomme les « trois P » : Peuple – Profit – Planète. Chacun est invité à s’improviser « gestionnaire de la rareté et architecte du bien-être »(Jean-Louis Borloo). Chaque problématique de l’aménagement n’est pas abordée en elle-même mais en rapport avec les autres : les transports, l’architecture, le cadre de vie, et l’économie sont traités de manière transversale, ce qui constitue une gestion différente de la France, où chacune de ces questions est abordée par un service bien particulier et indépendant. Ce type de gestion est par ailleurs appuyé par une volonté politique ferme et surtout continue au gré des mandats, chaque échevin (maire) poursuivant les travaux de son prédécesseur.
« La nature à distance de pantoufle »
La particularité de l’environnement naturel où dominent les polders en fait un environnement transformable à souhait. Le nouveau quartier de Chassé-Park cristallise tous les engagements de la ville en matière d’aménagement. Ce nouveau centre, dont l’architecture présente de grandes signatures telles que Rem Khoolas ou Xaveer de Geyter, s’organise selon la forme du campus. Celui-ci se veut l’illustration d’un « plan d’urbanisme taillé par l’espace vert » (Adriaan Geuze, urbaniste). Il permet à la fois la densité du bâti et l’omniprésence du vert où se marient diverses formes architecturales, le contemporain radical côtoyant des bâtiments anciens (ex : couvent transformé en casino). La gestion du quartier est originale : les jardins en pied d’immeuble et les espaces collectifs aménagés sur les toits sont gérés par les habitants eux-mêmes. La gestion du reste des espaces publics se répartie entre la ville et le secteur privé. Le quartier concentre par ailleurs diverses formes d’habitat, de la tour aux maisons en bandes plus traditionnelles. Ces logements accueillent différents types de populations en permettant qu’elles se côtoient, afin de créer une réelle mixité sociale.
Chassé Park constitue également une illustration des techniques d’aménagements élaborées par la ville, telle que l’approche Ecotech-Ecotouch.
Le concept écotech-écotouch : un traitement sur mesure
Elaborée par Marc Okhuijsen, responsable du développement durable à Bréda, l’approche écotech-écotouch n’est pas un concept purement écologique mais vise à traiter les nuisances urbaines dans leur ensemble (pollution visuelle, sonore, environnementale), afin d’atteindre la meilleure qualité de vie possible.
Ecotech s’attaque ainsi à toutes les sources de pollution, notamment dans les zones « boucliers », où se jouxtent zones habitées et zones de nuisances. Elaborer des « îlots de silence » fait partie des choix d’aménagement de la ville. Suivant l’approche Ecotech, des bâtiments non sensibles au bruit (parkings) forment un front isolant entre la zone bruyante (axe passant) et les habitations. Colline antibruit ou mur végétalisé isolant constituent d’autres recours également utilisés. Echotech tient ainsi lieu de support à l’approche Ecotouch. Celle-ci inspire l’ensemble des méthodes d’aménagement à Breda : beaucoup de place pour la nature et pour l’eau, des grandes collines antibruit, une attention constante à l’infiltration de l’eau, l’intérêt pour les loisirs, les soins aux enfants, la mixité de l’habitat.
Ecotech protège l’espace et permet à Ecotouch de se développer. Cette méthode ne se veut pas générique mais au contraire un traitement sur mesure de chaque site, afin d’en exploiter toutes les potentialités.
L’originalité de Breda réside sans doute dans une contradiction : le succès de ses méthodes d’aménagement y étant d’une « banalité exemplaire », selon Dominique Bidou, président d’honneur de l’association française HQE. Pas de formes architecturales folles, mais la concrétisation d’une volonté d’aménagement durable qui ne reste pas qu’un concept vague. Vu de France, Breda n’en est pas restée au simple projet d’éco-quartier : elle en applique les principes d’aménagement à la ville entière en ne perdant jamais de vue la rentabilité économique et le dynamisme social. Cette ville moyenne a fait des choix risqués, aux vues surtout du peu d’atouts dont son site disposait, et représente encore en cela un exemple pour la France, dont « le risque majeur serait de ne pas prendre de risques », étant donnés les enjeux politiques et la lourdeur du processus en mille-feuilles de l’aménagement français.